Le libre accès au code source est la base des technologies dites open source - littéralement source ouverte - : il implique l’acceptation par le créateur du programme que les algorythmes mis au point en son sein pourront être lus et de fait compris par d’autres informaticiens. Le modéle open source ne propose pas plus que ça. C’est un modéle de distribution et de diffusion de la connaissance avant tout.
Quand certaines personnes parlent de l’open-source, elles l’adossent tout le temps au seul Linux.
Il n’en est rien : le concept open source dépasse la notion de Windows, de Linux ou de Mac.
Il est totalement indépendant de la plate-forme, même s’il a été démocratisé par les utilisateurs d’Unix et de Linux.
Il est une manière de penser les logiciels comme des vecteurs de connaissances et de progrés au-delà de leur valeur marchande : en cela, le modèle open source ajoute à la stricte valeur marchande d’un logiciel une dimension morale qui donne un nouveau sens au produit.
Au passage, un logiciel open source peut être vendu ou distribué gratuitement ou pas, tout comme un logiciel dont vous ne connaissez pas le code source : la gratuité n’est donc pas une spécificité du monde open source, loin de là.
La plupart des messageries instantanées sont téléchargeables gratuitement sans que vous ayez accès aux codes sources, MSN par exemple.
Il faut donc arrêter de voir les modèles open source comme de simples utopies du "tout gratuit" : c’est un argument quelque peu idiot, souvent véhiculé par ceux qui voient d’un mauvais oeil la fin de leurs monopoles juteux.
Pourquoi le modéle open source est-il donc, selon moi, celui qui risque de s’imposer à l’avenir dans le monde de l’Internet et plus généralement de l’informatique ?
Ce modèle répond à des aspirations contemporaines et modernes qui sont par exemple :
1 - la question de la confiance :
L’actualité fourmille (sécurité alimentaire, sécurité nucléaire, terrorisme...) de problématiques tournant autour d’une seule valeur : la confiance, et surtout l’obligation que l’on a parfois de la déléguer à des tiers. Les processus visant à déléguer cette confiance à des entités externes sont généralement mal perçus par le public : on note les DRM, par exemple, ou encore les mécanismes de surveillance automatisée, qui peuvent être vécus comme un manque de confiance dans la capacité de ces tiers à s’autoréguler face à des tentations inavouables, ou à des pressions exercées par des entités plus importantes (Etat, lobbies...).
L’open source remet la confiance dans les mains du consommateur qui a tout loisir d’analyser le produit qu’on lui donne : en cela, il répond aux soucis de transparence qu’on trouve dans nos sociétés contemporaines.
Il permet aussi d’évacuer les fantasmes véhiculés autour des nouvelles technologies en les rendant, de fait, plus accessibles à la compréhension des citoyens : il devient donc un moteur technophile en prouvant que la technologie ne se suffit pas à elle-même, et qu’elle assure un fonction allant dans le sens du bien commun, à savoir le partage le plus large possible des savoirs.
L’open source répond donc à la quête de sens contemporaine en donnant au produit une dimension sociétale.
2 - L’open source est un modéle de "pensée distribuée" collant à Internet.
L’open source s’adapte parfaitement au travail collaboratif, car il permet à tous les acteurs d’avoir accès au même niveau d’information, sans que personne ne puisse revendiquer un rôle de gestion des droits des uns et des autres : il a donc naturellement explosé avec Internet, car ce dernier média est le support naturel des systèmes qui appellent à des contributions décentralisées ou distribuées selon leur nature : le sites sourceforge est un bel exemple de la vitalité de ces projets décentralisés.
Internet, par sa remise à plat des mécanismes hiérarchiques de production classique (chef > exécutant), en recréant d’une certaine manière une forme d’autogestion, est le terreau naturel de ces expériences.
3 - L’implication des acteurs dans l’outil qu’ils utilisent, ou l’individu-roi.
Tous les utilisateurs débutant ou non de Linux qui passent le premier cap de la recompilation - mot barbare mais il s’agit en fait de taper trois commandes standards et de plus, les dernières distributions de Linux possèdent des outils qui automatisent ces installations, comme sous Windows - d’un programme se verront dotés d’un attachement quelque peu affectif à leur machine : ils auront, en fait, commencé à fabriquer leur propre couche logicielle qu’ils contrôleront de plus en plus.
En cela, là aussi, les modes open source répondent au désir moderne de construire son individualité dans le groupe pour se différencier.
En soi, le monde libre est donc un monde centré sur le culte de l’individu placé dans un contexte quasi tribal, où on est fier de montrer ses productions dans leur plus grande intimité : nu comme le code source.
On peut presque parler d’exhibitionnisme technique : en cela, là aussi on est dans l’air du temps, puisqu’une forme de voyeurisme émotionnel ou d’exhibitionnisme émotionnel balaie actuellement Internet par l’intermédiaire en particulier des blogs.
4 - Le plaisir retrouvé de créer : une leçon pour le monde artistique traditionnel.
Au moment où le débat de la DADVSI a fait apparaître un monde artistique - je parle de celui qu’on connaît par la télé ou la radio - plus enclin à conserver des monopoles juteux qu’à partager, le monde du libre donne une leçon magistrale à ceux qui ont une vision du monde en noir et blanc : oui, il est possible de bien gagner sa vie tout en continuant à transmettre gratuitement une connaissance : la réussite des SSLL (sociétés de service en logiciel libre) ou les incursions des SSII (sociétés de service en informatique) dans le monde du libre montre qu’il est tout à fait possible de faire du libre et de sortir un bon chiffre d’affaire ; de grandes sociétés comme IBM ou encore SUN l’ont parfaitement compris. Je ne parle pas des centaines de milliers d’informaticiens ou d’amateurs qui, en plus de leur travail, créent, à côté, pour leur plaisir, ce qui profite à la fois à la communauté et aussi à leur propre currilicum vitae - parfois.
Cette pensée a transpiré dans le domaine musical avec des plates-formes comme Jamendo qui reprennent la philosophie du mouvement en faisant un pied-de-nez aux plates-formes musicales verrouillées, qui enferment la création artistique dans une composante strictement commerciale.
Il y a fort à parier que tous les éditeurs de logiciels traditionnels devront un jour ou l’autre passer en partie à ce modèle, car les nouveaux utilisateurs d’Internet, les jeunes en particulier, iront naturellement vers des technologies accessibles, pour lesquelles la carte bleue n’est pas un passage obligé.
Le succès de PHP ou de MySQL provient largement de cela, et ce n’est pas pour rien qu’il est plus facile de trouver un bon programmeur php ou perl qu’un bon programmeur ASP ou .NET, malgré le matraquage marketing de Microsoft.
Donc oui, le modèle open source est un modèle contemporain qui colle parfaitement au temps, car en phase avec Internet.
Il s’imposera certainement progressivement comme la pensée informatique par excellence, même si les technologies propriétaires restent présentes dans des secteurs où elles apparaîtront traditionnellement comme nécessaires (finance, applications sensibles...).
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