Dans un premier opus [1] sur ce que les media eux-mêmes définissent – à tort – comme une crise de la presse, j’avais décrit une presse perdant un lien précieux avec son lectorat en passant sur le web alors même qu’elle n’a jamais été aussi lue voir plébiscitée (le ‘journalisme’ ne s’est jamais autant démocratisée).
Je remplaçai « la crise de la presse » par « une crise de croissance ».
La crise de la presse annoncée de partout n’est que le fruit de business model digitaux dépassés et non une crise profonde de l’écrit ou du lectorat comme on peut le lire un peu de partout.
Dans ce second volet, j’entends m’attaquer à une thèse qui est à mon avis centrale « dans cette crise de croissance » à savoir l’abandon par les groupes de presse du champs de bataille technologique au profit des moteurs de recherche ou des fournisseurs d’accès à Internet (F.A.I).
Alors que les groupes de presse ont perdu beaucoup de temps et d’argent à se concentrer horizontalement c’est-à-dire en achetant pendant la dernière décennie des concurrents ou en se lançant sur de nouveaux marchés géographiques, ils n’ont pas vu venir le vrai enjeux du rapport à Internet : le contrôle de la tuyauterie (Fournisseur d’accès à Internet) et de la plomberie (robinet, débouché des tuyaux) à savoir les moteurs de recherche et maintenant les réseaux sociaux.
Les réseaux de presse produisent en effet une matière brute qui est l’information « originale » et « inédite » (nous ne basons sur un journal régional classique par exemple) mais dépendent en partie pour distribuer cette information sur le net des moteurs de recherche (à hauteur de 30% des trafics) et des fournisseurs d’accès de plus en plus (portail des F.A.I, intégration digitale dans les nouvelles offres télé comme FREE en France) qui prennent de plus en plus l’ascendant sur les nouveaux modes de distribution digitaux multicanaux.
Les F.A.I possèdent « le réseau » c’est-à-dire au final l’ensemble de l’infrastructure de distribution ; que se passera-t-il si la neutralité du net prise à défaut les F.A.I se mettent à poser des péages sur certaines communications en partie celles qui vont et viennent des centres d’hébergement ?
Alors que la presse avait souvent fait l’effort de maitriser sa propre distribution « physique », elle a complétement abandonner la distribution de sa production digitale à des mastodontes nationaux (Orange, Swisscom, …) ou pire internationaux (Google, Facebook, Twitter…)
Dans le domaine nomade (tablettes, mobiles) c’est encore pire avec l’exemple d’APPLE et de l’APPLE STORE qui vient simplement parasiter un business model déjà bien malade.
Ces erreurs stratégiques marquent en fait un problème de fond qui est la cécité technologique des groupes de presse qui sous estiment souvent l’ampleur des défis technologiques à chaque évolution du monde de l’internet en commettant tour à tour 2 erreurs diamétralement opposées : une dépense incontrôlée pour des produits miracles qui flattent dans leur présentation marketing les aspirations journalistiques puis le frein à main qui empêchent par exemple d’exploiter pleinement les possibilités des nouvelles tablettes ou de l’HTML 5.
En matière de R&D, la catastrophe est encore à venir. Alors que Google investit des sommes considérables dans des recherches R&D visant à révolutionner le rapport à l’information (Google actualité, Google Trend , et des milliers d’autres projets..)
La plupart des grands groupes de presse isolent généralement leurs techniciens dans des rédactions qui ne comprennent rien aux technologies les plus basiques et préfèrent avoir recours aux mêmes cabinets de consulting « formatés » incapables d’innover qui produisent tous les mêmes rapports quand il s’agit de bâtir des stratégies plus complexes.
D’autres conscients qu’il ne sortira à priori jamais rien de novateur en terme technologique de leur propre entrailles ont l’intelligence de s’associer des pôles d’excellence universitaire mais les moyens ne sont en rien comparables à leurs nouveaux concurrents qui s'appellent Google, Facebook, Twitter ou Orange...
Alors que les grands groupes de presse avaient il y a quelques années les moyens d’investir massivement dans l’avenir en prenant des paris technologiques (comme la construction de leur propre moteur de recherche par exemple concurrent aux Yahoo ou encore Altavista de l’époque), le train est passé et c’est bel et bien eux qui se retrouvent maintenant en ligne de mire des nouveaux pure-players du web ou des opérateurs télécoms pour des éventuels rachats ou prise de participation.
[1] http://www.media-business.biz/content/la-presse-traditionnelle-creuse-un...