Cette simple question peut, a priori, choquer, tant ces trois initiales sont synonymes d’atteintes intolérables au droit du consommateur pour bon nombre d’internautes. Derrière ce sigle se cache en fait un outil qui, tout comme le P2P, n’a pas de qualités morales intrinsèques.
Le débat sur la DADVSI souffre en effet assez de simplification abusive sur le P2P pour qu’on ne procède pas de la même manière sur les DRM.
La DRM est un ensemble de quatre briques fondamentales : l’encodeur qui code le fichier non crypté, le serveur qui le délivre au client, le lecteur qui lit le fichier et le gestionnaire de droit qui donne la permission de cette lecture ou non.
Ces quatre briques permettent de diffuser un contenu (sons, images, vidéos, documents) en lui donnant des droits associés comme le nombre de lectures possibles, son temps de lecture ou toute autre paramètre, informatiquement parlant, crédible (1).
Les solutions commerciales nécessitent des serveurs Windows et une programmation en langage propriétaire (ASP entre autres) ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas possible de faire de la DRM sous Linux.(2)
Le problème est ailleurs, dans le sens où il est difficilement concevable de mettre en oeuvre une DRM libre qui, par définition, verrait sa raison d’exister s’évanouir au moment où elle apparaîtrait (3).
Par contre, on peut faire de la DRM propriétaire sous Linux, et ainsi proposer à la commercialisation des solutions en dehors de Microsoft ou des autres acteurs du marché, même si cette éventualité contredisait la philosophie initiale du mouvement open source. La GPL par exemple a interdit dans sa version 3 l’utilisation de logiciel libre pour fabriquer des DRM.(5)
La DRM pourrait par exemple très bien servir à rétribuer des distributeurs indépendants sur une vente de musique en ligne "indépendante" via un réseau P2P privé ou public.
En effet, il est tout à fait possible d’encoder dans la DRM des identifiants propres à chaque distributeur, et de leur donner à chacun un fichier crypté avec ses identifiants.
En le laissant se diffuser sur la toile, toute personne qui souhaiterait écouter ce morceau et qui s’acquitterait d’un droit d’entrée paierait alors automatiquement le distributeur en question, sans qu’aucun autre processus supplémentaire ne vienne interférer (pas de SACEM, pas de système de redistribution compliquée, pas de LGO...).
On peut même imaginer des plates-formes de musique payante qui donneraient, à chaque utilisateur qui téléchargerait, un morceau crypté avec ses propres identifiants relatifs à son compte sur ce site.
En le laissant télécharger ensuite sur le réseau P2P classique, le client deviendrait alors lui-même distributeur, et pourrait voir son propre compte sur le site de musique online crédité d’un pourcentage de la vente.
J’entends déjà hurler les opposants au tout commercial et je leur dis :
Rassurez-vous, ce système ne pourra pas supplanter les autres systèmes non DRMisés, car la DRM souffre de défauts majeurs qui sont dus à sa nature même(6).
Ces défauts ne lui permettent pas, sans coup de pouce législatif, de s’imposer, car les moyens de contournement sont légion et sont relativement simples à mettre en place : il suffit de bricoler légèrement pour pouvoir transférer un fichier DRMisé en fichier non DRMisé au moment de la lecture du premier.
Seule une législation contraignante interdisant ces moyens de contournement permettrait d’imposer les DRM : sans cette législation, la solution DRM risque de rester finalement confidentielle et cantonnée à des sujets bien précis où elle sera acceptée par ceux qui l’utilisent - par exemple, dans le cadre de cours online ou de prestations par vidéo unique et affichée déjà comme telle ; la DRM ne venant alors qu’officialiser un contrat explicite entre le client et le vendeur.
La bataille contre les DRM n’est donc pas une bataille contre une technologie, qui n’est en soi ni mauvaise ni bonne, mais contre ceux qui veulent l’imposer au niveau législatif comme unique moyen d’envisager le commerce électronique de demain, en pénalisant son contournement sans pour autant en limiter l’usage.
On peut répondre à cette volonté par une autre volonté législative : celle d’intégrer les DRM à une grande loi sur l’Internet, où les droits des consommateurs, des citoyens et des ayants droit seraient protégés également, sans ostracisme et sans a priori technophobes.
Les DRM y auraient alors aussi leur place, comme toute autre solution commerciale, et pourraient alors devenir acceptables.
http://www.theregister.co.uk/2003/04/29/linus_torvalds_blesses_drm/
http://solutions.journaldunet.com/0511/051129_libre-dadvsi.shtmllibre-da...
http://formats-ouverts.org/blog/2005/09/28/551-dossier-drm
http://solutions.journaldunet.com/0212/021203_drm.shtmldrm.shtml
http://en.wikipedia.org/wiki/Digital_rights_management
http://www.boingboing.net/2005/08/24/why_some_piracy_can_.html
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